Sur ce daguerréotype, treize personnes posent devant l’une des portes-fenêtres latérales en forme de serlienne de la maison de maître de Beaulieu, celle de gauche, l’image étant inversée. La plupart sont des membres plus ou moins proches de la famille d’Eynard, sur trois générations. L’image n’est pas datée, mais en estimant l’âge des différents enfants représentés, elle doit avoir été prise vers 1845-1847. Comme souvent, Eynard élabore une mise en scène qui ne laisse rien au hasard ; il « dispose ses groupes, fait prendre la pose à chacun, équilibre les clairs et les sombre des toilettes, le tubulaire des hauts-de-forme et le bouffant des jupes, la dignité d’un homme appuyé sur sa canne, le charme des jeunes filles, sa propre nonchalance… » (Tissot 2010, p. 202). La composition est savamment arrangée afin d’éviter toute forme de monotonie ; les personnages adoptent des attitudes variées qui rendent la scène particulièrement vivante. Hilda est debout tout à gauche, en avant des trois hommes coiffés d’un chapeau haut-de-forme qui s’affairent autour d’Henri de Regny, qui fait ses premiers pas. À leur droite, Léonard Bouthillier de Beaumont, un peu figé, fixe ostensiblement l’objectif. Au centre de l’image, Anna Fuzier-Cayla et ses deux plus jeunes filles, qui portent un tablier par-dessus leur robe, s’inscrivent parfaitement entre les deux colonnes de la porte-fenêtre. Selon une inscription au verso, la jeune fille à leur droite est Mlle Lobereau. Plus en avant, Eynard, seul personnage assis, le chapeau à la main, enlace la taille de la petite Marie de Regny, coiffée d’un chapeau. Tout à droite, Gabrielle Fuzier-Cayla, elle aussi en tablier, fait pendant à Hilda. L’animation créée par les différentes personnes contraste avec l’arrière-plan très structuré et symétrique formé par la façade et, dans l’axe, sa serlienne flanquée de deux niches à statue. La netteté de la partie centrale permet de voir très distinctement les motifs peints sur les volets intérieurs. Les bords de l’image sont en revanche un peu flous et plusieurs visages restent dans l’ombre, car la prise de vue a été réalisée en fin de matinée ou en début d’après-midi par un temps très ensoleillé. Les lignes verticales ne présentent aucune déformation, ce qui laisse supposer que l’appareil se trouvait en hauteur, probablement sur un petit échafaudage, pour compenser la déclivité du terrain. (I. Roland)