Maison Baron: la rescapée du PAV
Maison Baron: la rescapée du PAV
Aux origines: une maison dans la plaine
Vers 1750, la rive gauche de l’Arve est encore une vaste plaine cultivée. Les sols, longtemps marécageux, sont progressivement assainis. Des chemins relient Genève à Lancy et aux campagnes voisines. Au croisement de la route de Lancy et du sentier des Acacias, une maison s’implante en bordure du chemin, dans un paysage de champs et de vergers. Elle s’inscrit alors dans un territoire exclusivement rural.
La Maison Baron s’élève en bordure du chemin de Lancy (aujourd’hui rue Subilia), au croisement de ce dernier avec le sentier (aujourd’hui route) des Acacias.
Art de bâtir et art de vivre
Son volume principal, représentatif de l’art de bâtir local, s’élève sur deux niveaux coiffés d’une toiture complexe. Deux tourelles d’angle (dont on ignore si elles sont d’origine), reliées par une galerie en bois, animent harmonieusement la façade. Une véranda sur deux niveaux vient compléter l’ensemble. Autour s’organisent plusieurs dépendances. L’ensemble, dont le premier propriétaire connu est Nicolas Chavaz, s’apparente à ce que l’on nomme alors une «maison de campagne», ou plus simplement «campagne», résidence d’été de l’élite patricienne ou bourgeoise.
Au début du 19e siècle, la propriété est ainsi décrite comme une «jolie maison […], composée de huit pièces avec loge de portier et toutes les dépendances nécessaires». Elle est également dotée d’un terrain pour le jeu de boules, loisir alors très en vogue.
Quand la ville se rapproche
Au fil du temps, la maison change de propriétaires. Elle appartient notamment à la famille Subilia, dont la rue voisine porte aujourd’hui le nom, puis à la famille Baron, qui laisse le sien à la demeure. De rural, le secteur devient progressivement plus résidentiel. On parle alors d’une «petite campagne au bas de Lancy». La ville se rapproche.
Parallèlement, les liaisons avec Genève s’améliorent. Carouge se développe, les routes se consolident, les échanges s’intensifient. L’ancienne plaine alluviale amorce sa transformation en faubourg. Solidement implantée dans son parc, la maison accompagne cette évolution.
On remarque le contraste entre les jardins familiaux au premier plan avec les industries et usines dont celle de Motosacoche, fabriquant de motos. À l’arrière-plan, la Maison Baron et d’autres maisons de campagne. Au loin, des champs subsistent encore.
Le choc du 20e siècle
Le 20e siècle marque une rupture plus franche. L’industrialisation redessine le paysage, les projets d’aménagement de la Praille se multiplient, les infrastructures ferroviaires recomposent les équilibres. L’Aire et la Drize sont canalisées, les remblais transforment la topographie. Le territoire change d’échelle. La maison, certainement grâce à sa position en retrait de la route des Acacias, échappe miraculeusement aux grandes vagues de démolition qui emportent peu à peu ses voisines.
Seconde vie
Désaffectée au milieu des années 1980, elle est rachetée par l’État de Genève qui la restaure au tournant des années 2000. Elle accueille successivement les bureaux de Pro Helvetia, puis ceux de l’Embassy for Foreign Artists. Pendant près d’une décennie, le lieu vit au rythme des artistes en résidence, insufflant une nouvelle vitalité à cette demeure séculaire.
Aujourd’hui protégée et propriété de la Fondation PAV, la Maison Baron s’apprête à voir disparaître sa dépendance et une partie de son terrain. En pleine métamorphose, le quartier, faute de pouvoir s’étendre, se verticalise. Parmi les immeubles flambants neufs, la silhouette de la petite bâtisse se maintient néanmoins. Elle demeure un repère mémoriel dans un territoire en constante mutation, symbole d’un passé champêtre désormais insoupçonné.
Bibliographie:
- Frommel B., Arikok E., Secteur Praille-Acacias-Vernets, étude historique et patrimoniale, office du patrimoine et des sites, 2006.
- Frommel B., Maison Baron, rue Subilia 45 et 45bis, rapport de visite, office du patrimoine et des sites, 2021.
- El-Wakil L., Bâtir la Campagne, Genève 1800-1860, catalogue, Georg, 1989, 320p.
Le blog de la Bibliothèque de Genève est édité en collaboration avec la Maison de l'histoire de l'Université de Genève. Patrimoine, littérature, archives, musique, photographie, graphisme, monuments et personnalités locales: découvrez l’histoire de Genève et sa région.
Commentaires
Poster votre commentaire
Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec