Maison Baron: la rescapée du PAV

Anais Lemoussou
Anaïs Lemoussu
À l’ombre d’une tour de 90 mètres fraîchement sortie de terre se tient une maison du 18e siècle. La cohabitation surprend. Comment cette demeure construite autour de 1750 a-t-elle pu subsister dans l’un des périmètres les plus transformés de Genève? Rue Subilia, la Maison Baron traverse les siècles et rappelle qu’avant les grands projets urbains et les plans localisés de quartier, le site était une plaine agricole parcourue de chemins.

Maison Baron: la rescapée du PAV

La Maison Baron en 2002, peu après sa rénovation
La Maison Baron en 2002, peu après sa rénovation Crédit: Office du patrimoine et des sites, État de Genève

Aux origines: une maison dans la plaine

Vers 1750, la rive gauche de l’Arve est encore une vaste plaine cultivée. Les sols, longtemps marécageux, sont progressivement assainis. Des chemins relient Genève à Lancy et aux campagnes voisines. Au croisement de la route de Lancy et du sentier des Acacias, une maison s’implante en bordure du chemin, dans un paysage de champs et de vergers. Elle s’inscrit alors dans un territoire exclusivement rural.

Extrait du cadastre savoyard, révision de 1756
Extrait du cadastre savoyard, révision de 1756. Crédit: Archives d’Etat de Genève - Cadastre D 30, communes de Carouge et Lancy

La Maison Baron s’élève en bordure du chemin de Lancy (aujourd’hui rue Subilia), au croisement de ce dernier avec le sentier (aujourd’hui route) des Acacias.

Art de bâtir et art de vivre

Son volume principal, représentatif de l’art de bâtir local, s’élève sur deux niveaux coiffés d’une toiture complexe. Deux tourelles d’angle (dont on ignore si elles sont d’origine), reliées par une galerie en bois, animent harmonieusement la façade. Une véranda sur deux niveaux vient compléter l’ensemble. Autour s’organisent plusieurs dépendances. L’ensemble, dont le premier propriétaire connu est Nicolas Chavaz, s’apparente à ce que l’on nomme alors une «maison de campagne», ou plus simplement «campagne», résidence d’été de l’élite patricienne ou bourgeoise. 

La Maison Baron en 1978
La Maison Baron 1978 Crédit: Bibliothèque de Genève

Au début du 19e siècle, la propriété est ainsi décrite comme une «jolie maison […], composée de huit pièces avec loge de portier et toutes les dépendances nécessaires». Elle est également dotée d’un terrain pour le jeu de boules, loisir alors très en vogue.

Genève, Champel: Genève vue depuis la propriété de M. Pictet
Christian Gottlieb Geissler Genève, Champel: Genève vue depuis la propriété de M. Pictet 1799 Crédit: Bibliothèque de Genève

Quand la ville se rapproche

Au fil du temps, la maison change de propriétaires. Elle appartient notamment à la famille Subilia, dont la rue voisine porte aujourd’hui le nom, puis à la famille Baron, qui laisse le sien à la demeure. De rural, le secteur devient progressivement plus résidentiel. On parle alors d’une «petite campagne au bas de Lancy». La ville se rapproche.

Parallèlement, les liaisons avec Genève s’améliorent. Carouge se développe, les routes se consolident, les échanges s’intensifient. L’ancienne plaine alluviale amorce sa transformation en faubourg. Solidement implantée dans son parc, la maison accompagne cette évolution.

Le quartier en 1934
Le quartier en 1934 Crédit: ETH Library Zurich, Image Archive

On remarque le contraste entre les jardins familiaux au premier plan avec les industries et usines dont celle de Motosacoche, fabriquant de motos. À l’arrière-plan, la Maison Baron et d’autres maisons de campagne. Au loin, des champs subsistent encore. 

Le choc du 20e siècle

Le 20e siècle marque une rupture plus franche. L’industrialisation redessine le paysage, les projets d’aménagement de la Praille se multiplient, les infrastructures ferroviaires recomposent les équilibres. L’Aire et la Drize sont canalisées, les remblais transforment la topographie. Le territoire change d’échelle. La maison, certainement grâce à sa position en retrait de la route des Acacias, échappe miraculeusement aux grandes vagues de démolition qui emportent peu à peu ses voisines.

La Maison Baron et son parc en 1993
La Maison Baron et son parc en 1993 Crédit: Rapport du Conseil d'Etat au Grand Conseil sur la gestion de la Fondation des terrains industriels Praille et Acacias (FIPA) pour l'exercice 1993.

Seconde vie

Désaffectée au milieu des années 1980, elle est rachetée par l’État de Genève qui la restaure au tournant des années 2000. Elle accueille successivement les bureaux de Pro Helvetia, puis ceux de l’Embassy for Foreign Artists. Pendant près d’une décennie, le lieu vit au rythme des artistes en résidence, insufflant une nouvelle vitalité à cette demeure séculaire.

La Maison Baron en 1992
Daniel Winteregg La Maison Baron en 1992 Crédit: Bibliothèque de Genève

Aujourd’hui protégée et propriété de la Fondation PAV, la Maison Baron s’apprête à voir disparaître sa dépendance et une partie de son terrain. En pleine métamorphose, le quartier, faute de pouvoir s’étendre, se verticalise. Parmi les immeubles flambants neufs, la silhouette de la petite bâtisse se maintient néanmoins. Elle demeure un repère mémoriel dans un territoire en constante mutation, symbole d’un passé champêtre désormais insoupçonné.

La Maison Baron en 2002, peu après sa rénovation
La Maison Baron en 2002, peu après sa rénovation Crédit: Office du patrimoine et des sites, État de Genève

Le blog de la Bibliothèque de Genève est édité en collaboration avec la Maison de l'histoire de l'Université de Genève. Patrimoine, littérature, archives, musique, photographie, graphisme, monuments et personnalités locales: découvrez l’histoire de Genève et sa région.

Commentaires

Maison Baron
Merci pour cet excellent blog!!! Les images et leurs commentaires disent tout sur l'intolérable massacre de ce petit coin de de bonheur à échelle HUMAINE qui, facilement préservé, aurait donné un peu de qualité et de lien à l'histoire à ce quartier vendu par nos responsables politiques incultes et administratifs incompétents du développement urbain à la prédation de leurs copains promoteurs trumpisés !!!
Maison Baron
La charmante maison est désormais privée de ses dépendances et des arbres qui l'ombrageaient. Ainsi dépouillée, elle n'est plus qu'un alibi, un "cache-sexe" pour faire croire que la Fondation PAV s'est préoccupée de patrimoine. Quelle triste et abjecte farce !

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