Fêtes villageoises, culture populaire: les affiches de Noël Fontanet

Jean-Charles Giroud
Avec près de cinq cents affiches à son actif, Noël Fontanet s’impose comme l’une des figures majeures du graphisme genevois de l’entre-deux-guerres. De la propagande politique à la réclame commerciale, ses visuels percutants ont marqué le paysage romand. Nous vous proposons ici une immersion dans ses affiches de fêtes villageoises, véritables instantanés de la vie locale aux quatre coins du canton.

Fêtes villageoises, culture populaire: les affiches de Noël Fontanet

Noël Fontanet, Foire aux Saucisses de Bernex, 1935. Crédit: Collection Galerie 1 2 3 - Genève
Noël Fontanet Foire aux Saucisses de Bernex 1935 Crédit: Collection Galerie 1 2 3 - Genève

Genève: une ville, des villages

1815: Genève devient suisse. Pour désenclaver la ville et lui donner une frontière avec la Suisse, des villages sont détachés de la Savoie et de la France pour intégrer le nouveau canton. Un gouffre sépare ces modestes communes catholiques et rurales de la ville héritière de la République de Genève, fière de ses siècles d’indépendance, de sa culture, de sa science, de sa Réforme. 

Ces villages bénéficient souvent d’une vie locale forte autour de traditions et de fêtes liées à une culture paysanne et populaire. Quelques traces peuvent en être retrouvées de manière inattendue dans… les affiches de Noël Fontanet, un des plus importants affichistes suisses.

Festivités villageoises

Durant les années 1920-1930, son graphisme d’avant-garde l’associe à la mode et au luxe. Mais il reste sensible aux besoins d’une clientèle populaire, sans moyens financiers. Les fêtes de village sont parfois annoncées par des affiches pour rameuter les bourgades voisines et attirer les citadins. Elles sont, le plus souvent, l’œuvre d’artistes amateurs. Dès les années 1930, Noël Fontanet en produit plusieurs dizaines qui constituent un véritable corpus dans son œuvre, mémoire de la vie rurale.

Il leur donne un professionnalisme de bon aloi. Il limite les frais et, surtout, il abandonne ses manières d’avant-garde pour une communication et un dessin directs et accessibles. Son humour bonhomme, ses clins d’œil sans façon pourraient passer pour simplistes dans l’altière Genève. Mais pas dans les villages genevois restés bon enfant. Ainsi, la Fête des jeunesses du Grand-Lancy de 1933 est annoncée par l’aubade d’un Roméo à sa Juliette s’inscrivant dans un cœur rose, qui fait en même temps tache pour attirer le regard. 

Que reste-t-il de la foire aux longeoles de Vernier, de celles aux saucisses de Bernex, de son margoton? Pas grand-chose en dehors des affiches de Noël Fontanet. En 1934, pour Bernex, il choisit un couple bon vivant portant des chaînes de saucisses. L’histoire est rappelée dans l’écharpe du gendarme marquée «Citadelle de Bernex», évoquant sans doute les vifs souvenirs bernésiens du «Kulturkampf»(1). En 1935, il montre simplement deux saucisses faisant un festin… de saucisses. Une poule aux quilles vient s’ajouter au margoton: réjouissances de la campagne profonde. Précision pour les citadines et citadins nonchalants: dernier tram à minuit. 

La fête de la Fédération des jeunesses de Confignon de 1935 a ceci de commun avec la Kermesse de Vésenaz de 1937 qu’elles sont annoncées par des affiches presque semblables: leur initiale où s’inscrit l’église du village, le tout accompagné de grappes de raisin. La Fête du printemps du Petit-Saconnex permet à Noël Fontanet de montrer sa connaissance du costume genevois. En 1956, pour le 50e anniversaire des sapeurs-pompiers de Chêne-Bougeries, il change de manière: il dessine une pompière d’opérette, court vêtue. Ô temps, ô mœurs !

Musique populaire

En 1891, les sociétés vocales et instrumentales rurales se regroupent dans la Fédération musicale genevoise (campagne). Celle-ci organise des fêtes importantes annoncées par des affiches. Noël Fontanet en réalise plus d’une demi-douzaine. En 1932, pour Chambésy, un rondelet joueur de tuba la présente. En 1936, c’est le tour d’une jolie chanteuse en costume sur le paysage lacustre de Versoix. En 1939, l’artiste devient bucolique: un chêne joue du tuba pour Chêne-Bougeries. En 1949, un trompettiste de l’Escalade rappelle que Jussy était une enclave genevoise en terre savoyarde. En 1956, à cheval sur un tonneau, un autre trompettiste annonce la manifestation de Dardagny. Il rappelle qu’on ne boit pas que de l’eau ni dans cette commune ni dans ces fêtes.

Affiches en péril

Peu à peu, les fêtes villageoises disparaissent face à l’évolution irrésistible d’une société genevoise de plus en plus urbaine. Certaines se maintiennent cependant dans quelques communes. Ces affiches rappellent à leur manière leur souvenir. Par leur propos si local et populaire, elles ne font pas l’objet de beaucoup d’attention. Aujourd’hui, elles sont souvent d’une insigne rareté, quand elles n’ont pas tout simplement disparu. 

 

(1) Période de tension entre l'Etat et l’Eglise catholique.

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